La recherche participative se développe dans le secteur médico-social, en particulier dans le champ du handicap. Cette dynamique est encourageante, à condition de ne pas transformer la participation en simple argument de communication.
Une recherche participative ne consiste pas à consulter ponctuellement des usagers, mais à produire des connaissances avec des personnes directement concernées par les sujets étudiés.
Comment mettre en œuvre une recherche participative en structure médico-sociale, tout en respectant ses fondements méthodologiques et éthiques ? Voici les principaux repères.
Co-construire le cadre dès le départ
La première étape d’une recherche participative repose sur la définition de la problématique. Celle-ci doit répondre aux priorités exprimées par les personnes accompagnées, et non uniquement aux objectifs institutionnels ou aux hypothèses des professionnels.
Associer les participants dès la formulation de la question de recherche permet de renforcer la pertinence des résultats. Cela implique également d’accepter une certaine flexibilité : dans une démarche réellement participative, le cadre et la question peuvent évoluer au fil du projet. Un pilotage souple est donc indispensable.
Prévoir du temps, souvent plus que prévu
La recherche participative nécessite un investissement temporel conséquent. Comprendre la démarche, se sentir légitime pour contribuer et s’approprier les enjeux demande du temps, en particulier lorsque les participants rencontrent des difficultés cognitives ou de communication.
Il est essentiel d’anticiper :
- Un temps de préparation avant chaque atelier ou entretien
- Des rappels réguliers des objectifs et du cadre
- Un rythme stable, intégrant des pauses
- Du temps dédié aux professionnels impliqués dans l’organisation et la sécurisation de la démarche
Sous-estimer ce facteur est l’une des principales causes de fragilisation des projets participatifs.
Clarifier les rôles et les responsabilités
Une recherche participative suppose une répartition claire des rôles. Qui intervient comme co-chercheur, facilitateur, médiateur ou professionnel ressource ? À quel titre chacun participe-t-il à la production des connaissances ?
La clarification de ces rôles limite les biais, évite les prises de parole substitutives et favorise un cadre de travail équitable et sécurisé pour l’ensemble des participants.
S’appuyer sur les pairs
L’implication de personnes ayant déjà participé à des démarches similaires constitue un levier important. Les pairs peuvent expliquer la démarche avec leurs propres mots, rassurer les nouveaux participants et offrir des repères concrets.
Ce soutien par les pairs favorise l’adhésion, renforce la confiance et facilite l’appropriation des enjeux de la recherche.
Adapter la communication pour garantir l’accessibilité
Sans accessibilité, il ne peut y avoir de participation effective. Les modalités de communication doivent être adaptées à la diversité des profils des participants.
Cela peut inclure :
- Des supports en facile à lire et à comprendre
- Des reformulations régulières
- Des supports visuels ou schématiques
- Le travail en petits groupes
- Des modes d’expression variés : oral, écrit, vote, mises en situation
L’objectif est de ne pas privilégier uniquement les personnes les plus à l’aise avec la prise de parole.
Respecter le consentement à chaque étape
La participation à une recherche doit rester un choix libre, éclairé et réversible. Chaque personne doit pouvoir décider de s’engager, de se retirer ou de ne pas participer, sans pression ni justification.
La non-participation fait pleinement partie du cadre éthique de la recherche participative et ne doit jamais être considérée comme un échec.
Soigner la restitution des résultats
La restitution constitue une étape clé de la démarche. Une recherche participative aboutie se traduit par des résultats compréhensibles, accessibles et utiles pour les participants.
Il est essentiel de prévoir :
- Un retour clair aux personnes impliquées
- Une restitution adaptée aux différents publics
- Une traduction opérationnelle des résultats sous forme de décisions, de plans d’actions ou d’ajustements de pratiques
Poser un cadre éthique clair
Un cadre éthique explicite sécurise l’ensemble des acteurs impliqués.
Une charte de participation, des règles de confidentialité, des principes de gestion des données et le rappel du droit au retrait permettent de prévenir les malentendus et de protéger la parole de chacun.
Travailler les rapports de pouvoir
La recherche participative interroge les rapports de pouvoir existants au sein des organisations. Elle peut bousculer les postures professionnelles et les modes de gouvernance traditionnels.
Identifier ces asymétries, sécuriser les espaces d’expression et accepter une redistribution partielle du pouvoir décisionnel sont des conditions nécessaires pour que la démarche soit réellement transformatrice.
La participation n’est ni un décor ni une formalité.
La recherche participative est une méthode exigeante, qui requiert du temps, une rigueur méthodologique et un engagement éthique fort. Lorsqu’elle est mise en œuvre de manière sincère, elle constitue un levier puissant pour améliorer les pratiques, produire des connaissances pertinentes et renforcer le pouvoir d’agir des personnes accompagnées.
