Financement : la mobilisation associative percute le débat budgétaire

Le 13 octobre 2026, au deuxième jour de la mobilisation nationale « Et si nous arrêtions vraiment ? », les associations sanitaires, sociales et médico-sociales ont accentué la pression au moment précis où s'ouvre l'examen du projet de loi de finances pour 2027 au Parlement.

La mobilisation, lancée par l'Uniopss et portée notamment par la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS), se déroule du 12 au 17 octobre. Elle réunit une cinquantaine d'organisations, parmi lesquelles des fédérations du handicap, de l'aide à domicile, de la lutte contre le VIH et de la lutte contre l'exclusion, ainsi que des organisations syndicales du secteur. Un rassemblement est prévu le 15 octobre à midi à Paris, place Jacques-Bainville.

Une question volontairement provocatrice

Le slogan interroge directement : que se passerait-il si, demain, les associations n'étaient plus en mesure d'accompagner les personnes qui ont besoin d'elles ? Pendant la semaine de mobilisation, les structures participantes sont invitées à rendre visible ce qui disparaîtrait, notamment en activant des réponses automatiques sur leurs messageries présentant les services qui seraient suspendus. Beaucoup précisent toutefois que leurs accompagnements ne sont, eux, pas interrompus : il s'agit d'une démarche de sensibilisation, pas d'une grève des prises en charge.

Les chiffres de l'enquête de la FAS

La mobilisation s'appuie sur l'enquête 2026 de la Fédération des acteurs de la solidarité, intitulée « Associations de solidarité : l'étau se resserre », dont les premiers résultats ont été présentés le 8 octobre. Elle actualise l'état des lieux dressé un an plus tôt auprès d'un réseau de plus de 900 organisations adhérentes réparties sur l'ensemble du territoire.

Ses principaux enseignements :

  • 45 % des structures ont réduit ou fermé au moins une activité en 2025 (45,3 % précisément) ;
  • 4 associations sur 5 anticipent une dégradation ou une incertitude totale de leur activité sur les douze prochains mois ;
  • 77 % constatent une baisse de leurs financements publics, en 2025 ou annoncée pour 2026 ;
  • Près d'une association sur trois dispose de moins de deux mois de trésorerie, ce qui la place en situation de menace directe pour sa pérennité.

Ces résultats se situent dans la continuité d'une première alerte lancée en septembre 2025. À l'époque, la moitié des structures interrogées constataient une dégradation de leur trésorerie, et 30 % pouvaient se trouver en situation critique d'ici la fin de l'année. L'enquête 2026 indique que la situation ne s'est pas stabilisée : elle s'est aggravée.

Une précision de méthode mérite d'être faite : ces chiffres portent sur le réseau de la FAS, composé principalement d'acteurs de la lutte contre l'exclusion, de l'hébergement et de l'insertion. Ils ne décrivent pas, à eux seuls, la situation de l'ensemble des secteurs mobilisés, même si les fédérations du handicap, du domicile et de la protection de l'enfance rapportent des tensions de même nature.

Handicap, protection de l'enfance, domicile, exclusion : des secteurs directement concernés

La mobilisation dépasse en effet le seul champ de la solidarité. L'Uniopss rappelle ainsi que plus de 170 000 enfants et plus de 320 000 adultes en situation de handicap ont recours à un accompagnement quotidien assuré par des structures associatives. La protection de l'enfance, l'aide à domicile, le grand âge, la petite enfance, l'hébergement, l'insertion et la santé figurent également parmi les secteurs qui chiffrent aujourd'hui ce qui est en jeu pour eux.

Les représentants associatifs décrivent un même mécanisme dans l'ensemble de ces secteurs : des besoins qui augmentent, des financements publics stables ou en baisse, l'inflation qui érode les moyens, et des trésoreries qui s'épuisent. Le président de l'Uniopss, Daniel Goldberg, résume la situation en estimant que les associations ne peuvent pas indéfiniment absorber l'augmentation des besoins et compenser seules des moyens devenus insuffisants.

Certaines structures évoquent également des coupes en cours d'année pouvant aller jusqu'à 10 %, et la crainte de nouvelles réductions de crédits en 2027. Du côté des collectivités, des élus redoutent de leur côté de devoir compenser la baisse d'activité des associations alors que les finances communales sont elles-mêmes sous tension.

Ce que demandent les associations

Les organisations mobilisées formulent des demandes précises, adressées à la fois aux pouvoirs publics et aux candidats à l'élection présidentielle de 2027 :

  • Des financements pluriannuels, pour permettre aux structures de planifier leur activité au-delà de l'année en cours ;
  • Des budgets notifiés en début d'année, afin de limiter les tensions de trésorerie liées aux délais de versement ;
  • La compensation intégrale des revalorisations salariales décidées par l'État, afin qu'elles ne pèsent pas sur les équilibres financiers des associations ;
  • Le maintien des crédits de l'insertion par l'activité économique dans le budget 2027.

Leur argument central est que les études de coûts, les économies et les mutualisations ont déjà été réalisées pour répondre aux contraintes budgétaires de l'État, et qu'un seuil est désormais atteint. Une pétition nationale accompagne la mobilisation.

Une séquence qui doit se prolonger jusqu'en 2027

Cette semaine d'actions est présentée comme la première étape d'une mobilisation appelée à se prolonger jusqu'à l'élection présidentielle de 2027. Elle s'inscrit dans le prolongement de la mobilisation associative de l'automne 2025, qui alertait déjà sur la fragilité du secteur.

Ce qu'il faut retenir

La mobilisation « Et si nous arrêtions vraiment ? » traduit une inquiétude partagée par un large éventail d'associations : celle de voir leurs capacités d'accompagnement se réduire au moment où le débat budgétaire 2027 s'ouvre. Les chiffres de la FAS, qui montrent une dégradation continue d'une enquête à l'autre, donnent un support objectivé à cette alerte, tout en rappelant qu'ils portent sur un réseau précis.

Pour les gestionnaires d'établissements et de services, les employeurs du secteur et les partenaires publics, l'enjeu des prochaines semaines sera de suivre l'évolution des discussions parlementaires sur les crédits des secteurs sanitaire, social et médico-social, et la manière dont seront traitées les demandes de visibilité financière et de compensation portées par les associations.


Lire les commentaires (0)

Soyez le premier à réagir

Ne sera pas publié

Envoyé !

Derniers articles

Catégories