Numérique en santé : la feuille de route 2026-2028 de l'ANS, ce qui change pour le secteur social et médico-social
Le 8 juillet 2026, le Conseil d'administration de l'Agence du Numérique en Santé (ANS) a approuvé son premier Contrat d'Objectifs et de Performance (COP), signé par la ministre chargée de la Santé. Ce document fixe pour la première fois une feuille de route stratégique complète pour l'Agence jusqu'en 2028, avec des engagements précis sur lesquels elle devra rendre compte de son action.
Pour les établissements et services sanitaires, sociaux et médico-sociaux (ESSMS), cette feuille de route confirme une trajectoire déjà engagée — Ségur numérique, sécurisation des échanges, interopérabilité, cybersécurité — tout en y ajoutant une dimension nouvelle : la mobilisation structurée de l'intelligence artificielle.
Trois axes, sept engagement
Le COP 2026-2028 s'organise autour de trois axes stratégiques, déclinés en sept engagements concrets qui traduisent les priorités de l'Agence pour les trois prochaines années :
ANCRER — Consolider les fondations du numérique en santé. L'Agence poursuivra la consolidation des services socles et référentiels nationaux qui structurent l'ensemble de l'écosystème : le répertoire FINESS des établissements, le RPPS (Répertoire Partagé des Professionnels de Santé) et le ROR (Répertoire Opérationnel des Ressources). Cet axe inclut également le renforcement de la performance et de la résilience de la chaîne numérique des urgences, un enjeu de continuité de service critique pour l'ensemble du système de santé.
ALIGNER — Placer les usages et la qualité de service au cœur de l'action de l'Agence. L'ANS renforcera la prise en compte de l'expérience utilisateur, de l'adoption effective et de la satisfaction dans le pilotage de ses services numériques. Elle poursuivra en parallèle sa propre transformation interne, pour gagner en efficacité, en transversalité et en performance.
ACCÉLÉRER — Le troisième axe porte les transformations les plus structurantes pour les années à venir, avec trois chantiers prioritaires : la bascule de l'Agence vers un modèle pleinement serviciel, le renforcement de la sécurité et de l'identité numérique de confiance, et la mobilisation de l'intelligence artificielle comme levier de transformation du système de santé.
Ce qui ne change pas : les fondamentaux du Ségur numérique restent la priorité
Pour les ESSMS, l'essentiel du quotidien opérationnel reste dans la continuité des chantiers déjà engagés. Le programme Ségur du numérique en santé continue de structurer l'équipement et l'interopérabilité des systèmes d'information, avec pour objectif de généraliser le partage fluide et sécurisé des données de santé entre professionnels, établissements et usagers via Mon espace santé.
La doctrine du numérique en santé, republiée en mars 2026 à l'issue d'une concertation mobilisant plus de 130 contributions d'acteurs publics et privés, continue de définir le cadre technique et d'urbanisation dans lequel doivent s'inscrire tous les projets numériques du secteur — y compris pour les établissements médico-sociaux, explicitement identifiés comme destinataires de ce cadre au même titre que les établissements sanitaires.
La cybersécurité, un enjeu que l'ANS place tout en haut de la pile
Nommé directeur général de l'ANS en décembre 2025, Jean-Christophe Zerbini avait d'emblée fait de la cybersécurité une priorité affichée, dans un contexte de multiplication des cyberattaques visant les acteurs du système de santé. Le programme national CaRE (Cybersécurité accélération et Résilience des Établissements), qui offre un cadre opérationnel et financier pour accompagner les établissements dans la mise en œuvre de leur stratégie de cybersécurité, est appelé à perdurer et à rester une priorité de premier plan.
Ce chantier est loin d'être théorique pour le secteur social et médico-social. L'ANS a publié en 2026 l'observatoire des incidents de sécurité des systèmes d'information en santé et médico-social, qui documente la montée des cybermenaces contre ces structures. Face à cette pression croissante, les établissements et services du secteur social et médico-social sont invités à renforcer leur sécurité à leur propre rythme, en fonction de leur niveau de maturité numérique — une approche progressive qui tient compte des écarts de moyens importants entre grandes structures et petits ESSMS.
L'intelligence artificielle, nouveau levier structurant de la stratégie 2026-2028
L'un des apports les plus notables de ce premier COP est l'intégration explicite de l'intelligence artificielle comme axe stratégique à part entière, et non plus comme un sujet périphérique. L'ANS entend accompagner le déploiement de l'IA en santé en tant que véritable levier de transformation, tout en l'inscrivant dans un cadre éthique clairement posé — une exigence d'autant plus importante que ces technologies touchent directement à des données de santé sensibles et à des décisions cliniques.
Cette ambition s'articule avec le renforcement de la sécurité et de l'identité numérique de confiance, l'un des trois chantiers prioritaires de l'axe « Accélérer » : le déploiement de l'IA en santé ne pourra se faire durablement que sur des fondations sécurisées et des identités numériques fiables, tant pour les professionnels que pour les patients.
Ce que cette feuille de route signifie concrètement pour les ESSMS
Pour les directions et les équipes numériques des structures sociales et médico-sociales, cette feuille de route confirme plusieurs priorités opérationnelles à intégrer dans leur trajectoire de transformation :
- Poursuivre la mise en conformité avec le Ségur numérique et l'interopérabilité des systèmes d'information, en s'appuyant sur la doctrine 2026 ;
- S’engager, ou consolider leur engagement, dans une démarche de cybersécurité structurée, notamment via le programme CaRE, adaptée à leur niveau de maturité ;
- Anticiper l'arrivée de solutions d'intelligence artificielle dans leur environnement numérique, en veillant à leur intégration dans un cadre éthique et sécurisé ;
- Suivre l'évolution des référentiels nationaux (FINESS, RPPS, ROR), dont la fiabilité conditionne directement la qualité des échanges avec les autres acteurs du parcours de soins.
Ce qu'il faut retenir
Avec ce premier Contrat d'Objectifs et de Performance, l'ANS structure pour la première fois une trajectoire complète jusqu'en 2028, qui articule la consolidation des fondations déjà posées par le Ségur numérique avec deux ambitions nouvelles : une sécurité numérique érigée en priorité de premier plan, et une intelligence artificielle intégrée comme levier de transformation à part entière, plutôt que comme un chantier annexe.
Pour les ESSMS, l'enjeu des prochaines années ne sera donc plus seulement de se mettre en conformité avec les standards actuels, mais d'anticiper une accélération numérique qui va sensiblement au-delà des seuls outils d'échange de données déjà déployés.


