Les CMPP interrogent profondément leurs modèles d'accompagnement
Les Journées nationales d'études de la Fédération des CMPP (FDCMPP) se sont achevées le 26 septembre 2026 à Vannes. Pendant trois jours, les professionnels ont travaillé autour d'un thème volontairement ouvert : « Altérité(s), toi-même ! », consacré aux enjeux contemporains de l'enfance, de l'adolescence, de la santé psychique et de la relation d'accompagnement.
Ce choix n'a rien d'anodin. Il intervient à un moment où les centres médico-psycho-pédagogiques (CMPP), qui fêtent leurs 80 ans en 2026, voient leur cadre réglementaire réécrit pour la première fois depuis des décennies, tout en faisant face à une demande qui ne cesse de croître.
Des journées d'études tournées vers la rencontre avec l'autre
Le programme organisé à Vannes, sous la présidence scientifique du Dr Jean-Philippe Duquesne, pédopsychiatre et directeur médical du CMPP de Vannes/Auray, invitait à penser ce qui relie, ce qui sépare et ce qui, entre les deux, fait humanité. Les interventions et ateliers ont abordé des questions très concrètes de la pratique quotidienne : l'adolescence et la question de l'autre, le corps, le genre et l'identité au CMPP, ou encore le risque des projections négatives sur l'adolescent dit « difficile », avec l'idée de contrarier le déterminisme pour faire le pari de la rencontre.
La formation, d'une durée de 17 heures 30, s'adressait à un public volontairement large : psychiatres, psychologues, psychomotriciens, orthophonistes, infirmiers, mais aussi professionnels de l'éducation et du médico-social, et jusqu'aux représentants d'usagers.
Ces journées prolongent celles de Valence en 2025, consacrées à « L'enfant troublé » : d'une édition à l'autre, la fédération met l'accent sur la relation d'accompagnement elle-même, et pas seulement sur les troubles.
Un cadre réglementaire entièrement réécrit
Le contexte réglementaire explique en partie ce besoin de questionnement. Le décret n° 2026-580 du 26 juin 2026, publié au Journal officiel du 1er juillet, redéfinit les missions, l'organisation et le fonctionnement des CAMSP et des CMPP. Il remplace les anciennes annexes 32 et 32 bis, issues de textes de 1946, 1956 et 1976, par deux nouveaux cahiers des charges intégrés au Code de l'action sociale et des familles.
Plusieurs points structurent ce nouveau cadre :
- Des missions clarifiées autour du repérage, du diagnostic et de l'accompagnement, avec la prévention placée au premier rang ;
- Une évaluation de la qualité tous les cinq ans, sur la base du référentiel de la Haute Autorité de santé ;
- Des recommandations de bonnes pratiques de la HAS rendues opposables, ce qui renforce les leviers de contrôle des agences régionales de santé ;
- La confirmation d'un accès direct : les familles peuvent solliciter un CMPP sans orientation préalable de la MDPH.
Pour des équipes dont l'identité s'est construite sur la pluridisciplinarité et sur un travail au long cours, cette refonte suppose de réviser le projet de service et de formaliser des pratiques qui relevaient jusqu'ici d'une culture professionnelle transmise de l'intérieur.
Une pression d'accès qui s'intensifie
Le questionnement des modèles s'inscrit aussi dans une réalité chiffrée. La France compte environ 309 CMPP, implantés sur l'ensemble du territoire, qui assurent près de la moitié des consultations et traitements ambulatoires médico-psycho-pédagogiques des enfants et adolescents de 0 à 20 ans, à parité avec les équipes hospitalières de pédopsychiatrie.
Or, au 31 décembre 2024, près de 33 800 enfants et adolescents étaient inscrits sur liste d'attente avant même un premier rendez-vous, un niveau en forte hausse, alors que plus de 100 000 jeunes sont suivis en parallèle. À cette pression s'ajoute une complexification des situations accueillies, régulièrement soulignée par les professionnels.
Une inquiétude sur l'avenir du modèle
Un autre signal mérite attention. Dans une question écrite au Gouvernement publiée au Journal officiel du Sénat le 25 juin 2026, un parlementaire relaie l'inquiétude de nombreux professionnels : que le développement de nouveaux dispositifs de prise en charge se fasse au détriment des CMPP, et que certaines évolutions conduisent à privilégier des accompagnements plus standardisés et plus courts, alors que de nombreux enfants nécessitent un suivi global, pluridisciplinaire et inscrit dans la durée.
La question interroge aussi les modalités de financement et d'évaluation de leur activité, afin de mieux prendre en compte le travail de coordination réalisé par les équipes. À la date de rédaction de cet article, elle demeure en attente de réponse du ministère.
Ce qu'il faut retenir
Les CMPP se trouvent à un moment charnière : un nouveau cadre réglementaire, une évaluation qualité désormais obligatoire, une demande record et un débat de fond sur la place d'un accompagnement pluridisciplinaire et durable face à des réponses plus courtes et plus standardisées.
Que les journées de Vannes aient choisi de placer l'altérité au centre de leurs travaux dit quelque chose de cette période : avant de discuter des organisations et des financements, les professionnels réaffirment que le soin psychique de l'enfant repose d'abord sur la qualité de la rencontre. Pour l'ensemble des acteurs de l'enfance, de la santé mentale et du médico-social, l'enjeu des prochains mois sera de tenir ensemble ces deux exigences : structurer et évaluer, sans perdre ce qui fait la spécificité de l'accompagnement.


