Les CPTS ne sont plus seulement des outils de coordination
Le rôle des Communautés Professionnelles Territoriales de Santé (CPTS) est en train de changer d'échelle. La newsletter d'août de la Fédération des CPTS (FCPTS) en apporte une nouvelle illustration : plus de 200 coordinateurs et directeurs de CPTS se sont réunis à Montrouge à l'occasion du séminaire national annuel de la fédération, une journée consacrée aux réalités de terrain, au partage d'expériences et aux enjeux qui dessinent l'avenir de l'exercice coordonné.
Parmi les sujets qui s'y sont dégagés, un axe retient particulièrement l'attention : la recherche au sein des CPTS.
Un dispositif désormais installé dans le paysage des soins de proximité
Les CPTS ne sont plus un dispositif expérimental. En janvier 2026, on en dénombrait 825 sur le territoire national, dont 743 en fonctionnement avec un accord conventionnel interprofessionnel (ACI) signé, pour une couverture de 92,67 % de la population française. Ce maillage, construit en quelques années à peine, a d'abord eu vocation à décloisonner les professionnels de santé d'un même territoire : médecins généralistes, infirmiers, pharmaciens, sages-femmes, kinésithérapeutes, travaillant ensemble sur des missions communes comme l'accès aux soins non programmés ou la prévention.
C'est cette maturité qui permet aujourd'hui aux CPTS d'envisager une étape supplémentaire : devenir des lieux où l'on observe, expérimente, évalue et produit de la connaissance sur l'organisation des soins de proximité, et non plus seulement des structures qui la mettent en œuvre.
Un premier état des lieux chiffré de la recherche en CPTS
C'est précisément l'objet de la thèse de médecine de Xavier Gilhard, présentée lors du séminaire, qui dresse un premier état des lieux national sur ce sujet encore peu documenté. Le résultat principal : 21 % des 153 CPTS ayant répondu à l'enquête ont déjà mené un projet de recherche.
Ce chiffre mérite d'être regardé de près. D'un côté, il montre qu'une minorité significative de CPTS s'est déjà engagée dans une démarche de recherche, sans attendre un cadre national formalisé. De l'autre, il révèle qu'aux trois quarts des structures, cette dimension reste encore à construire — ce qui situe la recherche en CPTS à un stade précoce, mais avec une dynamique déjà amorcée sur le terrain.
Des freins bien identifiés, des leviers tout aussi clairs
L'état des lieux dressé par cette thèse met en évidence des obstacles récurrents à la structuration d'une activité de recherche en CPTS :
- Le manque de temps des professionnels, déjà fortement sollicités par leurs missions de coordination et de soin ;
- Le manque de financement dédié, la recherche ne faisant pas partie des missions historiquement financées par l'ACI ;
- Le manque de ressources humaines spécifiquement formées à la méthodologie de recherche.
En miroir, plusieurs leviers se dégagent des expériences déjà menées :
- Des partenariats avec les universités et les CHU, qui apportent l'expertise méthodologique et scientifique que les équipes de CPTS ne possèdent pas toujours en interne ;
- La désignation de référents recherche au sein des CPTS, pour porter ce sujet dans la durée plutôt que de façon ponctuelle ;
- Un accompagnement méthodologique structuré, condition indispensable pour transformer une intuition de terrain en projet de recherche rigoureux ;
- Une coordination des projets à l'échelle du réseau, pour capitaliser sur les initiatives déjà existantes plutôt que de repartir de zéro à chaque fois.
Un axe stratégique confirmé par la Fédération
La FCPTS confirme que la recherche constitue désormais un axe stratégique majeur pour structurer et faire reconnaître l'exercice coordonné. Cette orientation s'inscrit dans une feuille de route plus large de la fédération pour 2026, qui identifie la recherche comme l'un des projets transversaux structurants de son action, aux côtés du cadre réglementaire, de l'expertise juridique et du recensement des projets menés par les CPTS.
Cette ambition rejoint d'autres chantiers engagés en parallèle par la fédération : des travaux sur les conditions d'exercice des coordinateurs et des directeurs, des enquêtes nationales régulières auprès des adhérents, des temps d'échange entre CPTS pour diffuser les bonnes pratiques, et une réflexion sur la création d'un futur observatoire national des CPTS.
Pourquoi cette évolution compte
Faire de la recherche une mission reconnue des CPTS n'est pas un simple élargissement de périmètre. C'est un changement de nature : après avoir contribué à décloisonner les professionnels d'un territoire, les CPTS pourraient demain participer beaucoup plus largement à documenter, évaluer et améliorer l'organisation même des soins de proximité — au bénéfice, in fine, des pouvoirs publics comme des patients.
Pour un système de santé confronté à des tensions durables sur l'accès aux soins de premier recours, disposer de données produites directement par les acteurs de terrain, sur ce qui fonctionne réellement dans l'organisation des parcours, représente un apport que ni les grandes enquêtes nationales ni les études hospitalières ne peuvent totalement remplacer.
Ce qu'il faut retenir
Les CPTS grandissent, et leur rôle grandit avec elles. Le chiffre de 21 % de structures déjà engagées dans un projet de recherche, révélé par la thèse de Xavier Gilhard, doit être lu comme un point de départ plutôt qu'un aboutissement : il donne pour la première fois une mesure nationale d'une dynamique encore fragile, mais que la FCPTS a désormais choisi d'accompagner comme un axe stratégique à part entière. Reste à transformer les leviers identifiés — partenariats universitaires, référents dédiés, accompagnement méthodologique — en un cadre suffisamment solide pour que la recherche devienne une composante ordinaire de l'exercice coordonné, et non plus l'initiative de quelques CPTS pionnières.


